Carte à gratter

La carte à gratter est un support pour des travaux de dessin pouvant s'apparenter à la gravure. Le terme carte à gratter sert à désigner à la fois le support, la technique, et l'œuvre réalisée par cette technique.



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Arts graphiques - Dessin

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Grattage du noir sur fond blanc

La carte à gratter (en anglais scratchboard ou scraperboard) est un support pour des travaux de dessin pouvant s'apparenter à la gravure. Le terme carte à gratter sert à désigner à la fois le support, la technique, et l'œuvre réalisée par cette technique.

Caractéristiques de la carte à gratter

La carte à gratter est constituée d'une base de carton, ou pour certaines d'un panneau de fibres de bois («isorel») plus rigide. On y dépose en couches successives une pâte constituée de kaolin ou de craie, de glycérine, de gélatine et d'eau. Puis la carte est laminée sous une forte pression pour présenter une surface particulièrement lisse. Pour la carte noire, on ajoute une couche d'encre de Chine noire.

Cette surface lissée est parfois utilisée telle quelle, ou être recouverte (quand elle est blanche) uniformément ou partiellement à son tour d'une encre noire. Le grattage de cette surface avec un instrument correct sert à révéler le blanc sous-jacent et par conséquent de dessiner en blanc sur noir, selon des techniques qui s'apparentent visuellement à la gravure en taille d'épargne. Les techniques elles-mêmes sont différentes de celles de la gravure, car l'épaisseur de la couche à gratter étant infîme, on n'a pas à entailler profondément la matière comme dans la gravure sur bois. On peut préférer partir de la carte à gratter blanche, et faire soi-même la couche supérieure noire par les moyens qu'on trouve les plus appropriés, ou bien ne noircir que les parties du dessin qui doivent être travaillées, ou alors réaliser un dessin de manière respectant les traditions et n'utiliser la faculté de grattage que pour affiner certains détails. On peut aussi travailler la carte à gratter en couleurs.

Du fait de la raréfaction dans l'utilisation professionnelle de la carte à gratter, de nombreux fabricants ont disparu, surtout en France, où elle est en particulier connue aujourd'hui comme activité de loisirs pour les amateurs et les enfants.

On nomme carte à gratter la technique employée pour dessiner sur ce support.

Origine

Le dessin par grattage est connu depuis la plus haute antiquité. Le graffiti donnera au XVIe siècle, en Italie, le «sgraffito», technique de décoration murale : le mur est enduit de plâtre noirci au charbon de bois, puis recouvert d'une fine couche de plâtre blanc. Il suffit de gratter la seconde couche pour faire apparaître la première et obtenir un dessin noir sur blanc. Le principe même de la gravure sur bois équivaut à la même chose, sauf qu'un trait gravé apparaîtra en blanc sur fond noir (ou de couleur, selon l'encre utilisée). La carte à gratter véritable est découverte à partir du moment où les graveurs ne suffisent plus à assurer la demande croissante d'illustrations, et où les techniques de reproduction photographique ne sont pas encore au point. Le Parisien Charles Gillot invente à la fin du XIXe siècle le cliché typographique : on peut désormais reproduire un document au trait, c'est-à-dire sans nuances intermédiaires. C'est au dessinateur qu'il incombe de rendre ces nuances, avec ses moyens, hachures et pointillés. On attribue l'invention de la carte à gratter au lithographe autrichien Karl Angerer, vers 1864 ou 1865, ainsi qu'à Gillot, aux frères Treves de Milan ou à l'imprimeur Charles J. Ross, de Philadelphie.

Technique

Plumes vaccinostyle
Hachurateur

Partant d'un principe simple, la carte à gratter autorise la plupart de techniques différentes et il n'y a pas de règle absolue. On peut, selon le résultat souhaité, préparer la carte, soit pour la lisser au maximum, soit au contraire lui donner une «matière» plus rugueuse en y passant du papier de verre.

Le dessin préalable doit être aussi fin et précis que envisageable, autant sur carte blanche que noire, car il est complexe à gommer ensuite. Sur carte noire, le dessin au crayon graphite peut être suffisant car son brillant le rend visible, mais chaque artiste utilise sa propre méthode.

Pour le grattage, la gamme des outils est particulièrement large et ici encore chaque artiste trouve ses propres instruments. On utilise le plus souvent :

Pour le travail sur la carte blanche, l'ensemble des outils sont envisageables : pinceau, plume, stylo, stylo technique, tire-ligne, mais également les crayons à mine de plomb, les crayons de couleur, les encres de couleur, etc. Pour tracer des hachures parallèles, on peut s'aider d'un hachurateur (instrument constitué par une règle qui se déplace d'une valeur donnée en appuyant sur un bouton).

Trait anglais

La carte à gratter a connu un grand développement dans la première moitié du XXe siècle, essentiellement dans le domaine de la presse et de la publicité. La qualité de l'impression et des papiers, en particulier dans la presse quotidienne et hebdomadaire, n'était pas d'une grande qualité, et la reproduction de photographies par similigravure à ses débuts impliquait un manque de finesse et de contraste, une trame grossière. La publicité strict de montrer des images de produits attrayantes et lisibles, on fit appel à des illustrateurs pour traduire des photographies dans un style qui permette à la fois le réalisme et un bon rendu en impression. Les illustrateurs utilisèrent par conséquent la carte à gratter, pour sa souplesse d'utilisation : grande finesse du trait, vision directe (et non inversée en miroir comme dans la gravure respectant les traditions), et possibilité de retoucher (il suffit de renoircir la partie à corriger), ce que ne permet pas la gravure. Le rendu était spécifiquement efficace dans les produits de luxe, parfums, montres, automobiles, mais ce genre de travail était utilisé dans l'ensemble des domaines. Les spécialistes de la carte à gratter étant pour énormément britanniques ou anglo-saxons, cette technique fut nommée en France le trait anglais. Le terme «trait» en imprimerie sert à désigner tout ce qui s'imprime en une couleur en aplat, sans nuance ni dégradé. Les dégradés et les «gris» sont obtenus visuellement par des hachures, parallèles ou croisées, plus ou moins fines et distantes pour les tons clairs, épaisses et rapprochées pour les tons foncés, ou des jeux de points plus ou moins denses.

Usages actuels

Par ses qualités de finesse et de contraste, la carte à gratter sert à faire des documents parfaits pour la reproduction en photogravure et pour l'impression. Elle s'est vu consacrée dans les domaines de la presse et de l'édition. Elle a été un support privilégié pour l'illustration. Elle l'est toujours, surtout pour l'illustration scientifique qui demande une grande précision. On l'utilise aussi avec du crayon à mine de plomb, qui permet d'obtenir des gris extrêmement nuancés, ce qui est précisément à l'opposé du dessin «au trait» et qui démontre la polyvalence de ce support. Enfin de nombreux illustrateurs l'emploient toujours comme base d'un dessin qui est ensuite retravaillé numériquement, avec des logiciels de dessin.

Mais assez peu d'artistes l'ont utilisée comme support pour des œuvres d'art uniques. Cependant, la carte à gratter a été redécouverte dans une époque récente, et certains artistes en tirent des partis nouveaux, retrouvant la liberté du geste, des mises en couleurs à l'encre, à l'aquarelle ou aux peintures acryliques, et des manières de l'utiliser complètement différentes.

Bande dessinée

De nombreux auteurs de bande dessinée utilisent la carte à gratter. Dans la technique respectant les traditions, c'est un travail assez long et fréquemment fastidieux, mais certains ont su trouver des techniques personnelles.

Jacques Tardi a employé la carte à gratter dans Le Démon des Glaces (Dargaud, 1974), où l'illustration s'adapte idéalement au style «Jules-Vernien» du récit. Andreas a dessiné Révélations posthumes (Bédérama, 1980) sur carte à gratter. Thomas Ott l'utilise fréquemment. On peut aussi citer Matthias Lehmann pour l'Étouffeur de la RN 115 (Actes Sud, 2006) et Jean-Claude Pertuzé : histoires courtes publiées dans Métal hurlant (Les Humanoïdes Associés), Contes de Gascogne (1977, 1980, 2000), La Fille du Capitoul, 2004). Sans oublier Hippolyte qui exécute chez Glénat en 2003 une adaptation de Dracula, sur le texte de Bram Stoker.

Sources et bibliographie

En anglais :

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La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 11/12/2010.
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