Gravure

Dans le domaine artistique, le terme gravure est un mot ambigu qui désigne : une technique, le fait de «graver», c'est-à-dire creuser ou inciser un matériau ; par extension la gravure sert à désigner aussi un ensemble de techniques utilisées en art ou en reprographie,...


Catégories :

Arts graphiques - Gravure

Définitions :

  • Technique de décoration à froid. Il existe plusieurs méthodes de gravure : la gravure au diamant qui permet d'inscrire sur le verre un dessin linéaire avec une pointe de diamant ou de métal ; la gravure à l'acide fluorhydrique qui creuse les parties de l'objet non recouvertes d'un enduit... (source : ethnologie.culture)
  • en relief : taille d'épargne, sur bois, linoléum. le dessin est dégagé (épargné) par le burin. Il sera par conséquent en relief et sera imprimé en typographie. - en creux.... (source : lespapiersdumoulin)
  • en général sert à désigner toute reproduction de dessin ou de tableau ; par extension la totalité des procédés de réalisation d'estampes (linogravure, sérigraphie, pointe sèche, eau-forte, lithographie, monotype, aquatinte, xylographie... ) (source : animart)

Dans le domaine artistique, le terme gravure est un mot ambigu qui désigne : une technique, le fait de «graver», c'est-à-dire creuser ou inciser un matériau ; par extension la gravure sert à désigner aussi un ensemble de techniques utilisées en art ou en reprographie, ne nécessitant pas forcément de graver le matériau. Enfin «une gravure» peut être aussi l'œuvre finale obtenue par l'utilisation de l'une des techniques de gravure. Cette œuvre sera le matériau gravé lui-même ou bien toujours une transposition selon ce dernier. Par abus de langage on confond fréquemment gravure et estampe, l'expression d'estampe ou tirage étant réservée à «l'image imprimée ou dessinée sur un support quelconque»[1].

Les techniques

La technique de gravure.
Illustration de l'Encyclopédie.

Graver consiste à dessiner sur un objet en creusant, ou en incisant sa surface. Dans la majorité des cas, la gravure est transposée, après encrage, sur un support tel que le papier. Avec la gravure égyptienne, le sgraffite et la lithogravure, le matériau gravé devient l'œuvre elle-même.

En gravure, il existe deux, ou alors trois, grands procédés :

La gravure en relief

Les spécialistes parlent de taille d'épargne

«la planche est creusée partout où l'impression ne doit pas avoir d'effet ; le dessin seul est conservé au niveau d'origine de la surface de la planche, il est épargné»

— André Béguin[2].

C'est la technique employée pour la gravure sur bois ou la linogravure.

La gravure en creux

la gravure en creux nommée aussi taille-douce. Elle se pratique le plus fréquemment sur métal, surtout sur cuivre et on parle alors de chalcographie[3], mais cette technique se pratique aussi sur d'autres métaux comme le zinc, le laiton, l'acier...

La gravure à plat

Certains auteurs ajoutent aux deux précédentes catégories la gravure ou impression à plat[4]. C'est le cas de la lithographie ou du monotype qui ne nécessitent pas de reliefs, et ne sont par conséquent pas des «gravures» au sens strict du terme mais assimilés comme tels.

Outils

En affinant ces catégories, nous trouvons :

Histoire

La gravure sur bois est connue depuis fort longtemps en Chine : elle est utilisée surtout pour la multiplication des ouvrages de prières. Mais rien ne prouve que cette technique a été introduite en Occident par la route de la soie. Les spécialistes supposent que la technique de la xylographie a vu le jour soit dans la vallée du Rhin soit en Europe du Nord, la localiser plus finement est impossible. Le Bois Protat[6], la plus ancienne matrice en bois, est datée autour de 1380 : plus exactement, il s'agit du fragment d'une planche en bois de noyer (0, 60 x 0.23 cm), qui fut exécuté à Laives, canton de Sennecey (Saône-et-Loire) en Bourgogne et qui représente sur une face «Le Centurion et les deux soldats» et sur l'autre, «L'Ange de l'Annonciation»[7]. Signalons aussi le Saint Christophe retrouvé dans la bibliothèque de Buxheim... collé sur un manuscrit de 1423[8].

La xylographie précède l'imprimerie. Les techniques de gravure sont particulièrement liées au support, car ce dernier doit être économiques pour que l'utilisation d'un original recopiable soit intéressant, d'où l'importance de l'introduction du papier. L'évolution de la production xylographique va par conséquent suivre le développement de l'imprimerie.

La Renaissance

En Europe du Nord

La gravure sur bois se développe parallèlement à l'utilisation du papier vers 1400. La gravure sur cuivre se généralise à partir de 1430 dans la vallée du Rhin et profite des techniques de l'orfèvrerie : Schongauer et Dürer sont orfèvres de formation. La xylographie touche un public plus populaire tandis que la taille-douce s'adresse à des commanditaires plus cultivés.

Il est complexe avant Schongauer d'attribuer les œuvres : on sert à désigner ces graveurs anonymes le plus fréquemment «par le nom de leur manière»[8]. Ce sont :

Article détaillé : Albrecht Dürer.
Article détaillé : Lucas Cranach l'Ancien.
Article détaillé : Pierre Bruegel l'Ancien.
L'Italie du Nord-Est

La Vénétie, Dalmatie, Émilie, Lombardie) voient la xylographie et la gravure sur cuivre se développer dans la première moitié du XVe siècle : voir à ce propos la collection d'images de dévotion du notaire Jacopo Rubieri (né à Parme en 1430). L'Italien Maso Finiguerra trouva, en 1452, le moyen de tirer une épreuve d'une plaque qu'il avait gravée pour l'église Saint-Jean à Florence[11]. «Les premiers graveurs sur cuivre, suite à Finiguera, sont des orfèvres, nielleurs, damasquineurs (... ). Ils sont situés, d'une part, en Toscane (... ), Padoue et la Vénétie formant l'autre grande sphère.»[8]

Article détaillé : Titien.

Le Baroque

Au cours de cette période la gravure oscille entre la reproduction et le genre autonome qui puise la majeure partie de son inspiration dans le libertinage, et les fêtes. Deux précurseurs du mouvement baroque :

Article détaillé : Hendrick Goltzius.
En Italie

Avec les artistes suivants le baroque s'affirme tant dans les sujets que dans la technique :

En Europe du nord

Anvers et les Flandres sont de véritables pépinières d'artistes ; ceux-ci feront presque tous le voyage en Italie pour parfaire leur technique. Parmi eux, retenons :

Article détaillé : Rembrandt.
En France

Le Néoclassicisme

L'enthousiasme des collectionneurs du XVIIIe siècle pour les vues de paysages italiens oriente la production des graveurs tels Vanvitelli (1653-1736), Giuseppe Vasi (1710-1782), Luca Carlevarijs (1663-1730), Marco Ricci (1617-1730). Ce dernier dans ses eaux-fortes introduira les traits minuscules et dentelés pour traduire les effets de lumière et le mouvement des frondaisons.

Les illustrations de l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert montrent combien cet art contribua à populariser la culture.

Au XVIIIe siècle, la gravure sur cuivre sous ses diverses formes (taille-douce, eau-forte, etc) prédomine. La gravure sur bois se cantonne à l'imagerie populaire.

L'Époque moderne

«La grande période de traduction des œuvres des artistes les plus fameux prend fin avec le néoclassicisme»[8]. Deux révolutions vont survenir à la fin de ce siècle, qui auront un grand retentissement sur tout le XIXe siècle.

D'une part, l'invention de la lithographie par Aloys Senefelder. La lithographie, basée sur un principe complètement nouveau (l'antagonisme eau-encre grasse, et non plus le relief), sert à dessiner directement, sans avoir à apprendre une technique de gravure ardue. De nombreux peintres et illustrateurs vont ainsi accéder à l'estampe, beaucoup diffusée en Allemagne, en Italie, en France et en Angleterre.

D'autre part, l'Anglais Thomas Bewick remet au goût du jour la gravure sur bois, en mettant au point la gravure sur bois de bout (ou debout) [16]. Le bois est alors gravé au burin, comme le cuivre, ce qui permet l'ensemble des finesses, et qui présente l'avantage d'être une technique en relief : on peut par conséquent imprimer les gravures sur une presse typographique, en même temps que le texte. Introduite en France par Charles Thompson vers 1818, cette technique est utilisée de manière universelle par l'édition et la presse. Des centaines de graveurs, desquels se détachent de grands noms, comme Héliodore Pisan, François Pannemaker et fils, Hippolyte Lavoignat, travaillent quotidiennement pour interpréter les œuvres des grands illustrateurs comme Honoré Daumier, Gustave Doré, Grandville, entre autres. Avec la croissance de la presse, la gravure sur bois tend à devenir une industrie de reproduction, servie par des techniciens virtuoses, mais fréquemment dépourvue de créativité.

Les tentatives de retour à une gravure sur bois originale, avec des graveurs comme Auguste Lepère, arrive trop tard à la fin du XIXe siècle, la gravure étant supplantée par les techniques basées sur la photographie (similigravure).

La création de sociétés comprenant les graveurs est un des événements importants de la seconde moitié du XIXe siècle : Société des aquafortistes en 1862, Société des peintres-graveurs en 1889. Le modèle en est la Society of Engravers fondée à Londres en 1802.

L'école de Barbizon est à l'initiative de la revue Eau-Forte, et expérimente de nouvelles techniques comme le cliché-verre[17]. Millet et Corot vont adopter cette nouvelle technique (Le Petit Berger, Corot, Milano, 1855, A. Bertarelli). Antonio Fontanesi redécouvre l'eau-forte d'invention : il a recours à la morsure à répétition (effets de lumière). Il utilise aussi le cliché-verre.

Giovanni Fattori (1825-1908) est un des grands maîtres de l'eau-forte, ce qui fera dire à Baudelaire : «parmi les expressions de l'art plastique, l'eau-forte est celle qui se rapproche le plus de l'expression littéraire et qui est la mieux faite pour l'homme spontané»[18].

Whistler (1834-1903) est initié à la gravure avec Fantin-Latour, Courbet, et Legros. Il débutera par l'eau-forte pour ensuite travailler la pointe sèche en 1871 (Portrait de la famille Leyland). Francis Hayden (1818-1910), mixera les techniques pour traduire les effets d'atmosphère : pointe sèche, brunissoir, morsure, aquatinte.

Les impressionnistes, comme Manet vont utiliser gravure et lithographie pour traduire une atmosphère (la danseuse Lola de Valence, Paris, Bibliothèque Nationale). Degas fera de même en y ajoutant le monotype (Femme à sa toilette, 1885, Paris, bibliothèque d'Art et d'Archéologie). Pissarro est plus amateur de gravure sur bois (Femmes faisant de l'herbe, 1895). Il ne faut pas oublier Pierre Renoir, Paul Cézanne, Vincent van Gogh.

Paul Gauguin (1848-1903) a une préférence pour la gravure sur bois (Te Faruru, 1893, Chicago, Art Institute).

Débarrassée de ses contraintes utilitaires, la gravure revient à un pur domaine artistique, retrouvant et modernisant les techniques respectant les traditions. Le XXe siècle redécouvre le bois de fil, sa simplicité et sa valeur expressive, avec des artistes comme Félix Vallotton (La Manifestation, Lausanne, galerie Vallotton) et Edvard Munch.

Les artistes des mouvements Die Brücke et du Blaue Reiter seront attirés par la gravure sur bois où ils pourront jouer avec la simplification des formes.

Matisse expérimente l'ensemble des techniques : xylogravure, eau-forte, pointe sèche (Henri Matisse gravant, 1900), lithographie (Grande odalisque avec pantalon à bayadère, 1925, Berne, E. W. K. collection), aquatinte et linogravure.

Giorgio Morandi (1890-1964) «parvient à fusionner une lumière génératrice de la forme, un volume qui la construit plastiquement et une couleur qui sert à la distinguer en se plaçant comme ton ou "couleur position"»[8]. Maîtrise du trait, morsure unique grâce au mordant hollandais lui permettent de transcrire les flots de lumière.

Picasso (1881-1973) va beaucoup graver : pas moins de deux mille œuvres connues. Initié par Roger Lacourière en 1933 au burin ainsi qu'à l'aquatinte avec du sucre, il créera la Suite Vollard. Il essaie l'ensemble des procédés et les renouvelle : les différents états nous montrent un artiste peaufiniste.

Georges Gimel (1898-1962) à partir de 1921 réalise de nombreux bois-gravés au burin et des aquatintes au sel pour des illustrations : Musiciens, préface d'André Cœuroy, portrait de Déodat de Séverac. Retenu par la Bibliothèque nationale de France (FRBNF38643332). Il met au point des xylographies avec lesquelles il éxécute des tissus imprimés pour la décoration et pour la haute couture.

L'utilisation de nouveaux matériaux et de nouveaux procédés[10], surtout dans les œuvres de Jean Fautrier, Raoul Ubac, Johnny Friedlænder, Stanley Hayter, Henri-Georges Adam, Roger Vieillard, Marcel Fiorini, Louttre. B ou Pierre Courtin, libère la gravure de toute subordination au dessin ou à la peinture et , l'engageant dans la reconnaissance de ses moyens spécifiques, assure l'entière autonomie de son expression. Les ateliers de gravure comme celui d'Hayter (atelier 17), de Joëlle Serve (atelier 63), de tirage comme l'atelier Lacourière-Frélaut vont participer au renouveau de la gravure. Mohlitz remet à l'honneur le burin, Avati la manière noire, André Béguin la pointe sèche et de nombreux artistes jeunes et moins jeunes s'intéressent à la gravure pour la variété des techniques et leurs multiples combinaisons.

La gravure est reconnue, avec l'architecture, la peinture, la sculpture, la musique et la danse, comme l'un des beaux-arts.

Bibliographie

Notes

  1. MSN Encarta
  2. André Béguin, Dictionnaire technique de l'estampe, Bruxelles, 1977 
  3. le mot vient de khalkos = cuivre et graphein = écrire : au départ cela caractérise la gravure sur cuivre et par extension la gravure sur métal. C'est presque un synonyme de taille-douce. En 1797, est créé le département de la Chalcographie du Louvre, rattaché actuellement aux Arts graphiques
  4. Paoluzzi, Encyclopædia Universalis...
  5. Le terme pose problème à deux niveaux :
    • ce n'est pas une «gravure» au sens premier, étant donné que on n'intervient pas sur le relief du support en creusant avec des outils appropriés, mais on dessine directement sur le support, la présence de l'encre d'impression étant déterminée par un principe physique simple. Cependant, on utilise fréquemment le terme générique de «gravure».
    • on trouve le terme gravure en à-plat dans l'Encyclopædia Universalis, dans le livre de M. C. Paoluzzi (p. 23)  ; par contre A. Béguin et MSN Encarta parlent d'impression à plat, et de gravure à plat pour MSN Encarta (qui inclut la sérigraphie) mais aussi la majorité des sites sur Google. Sur ces derniers, le terme est utilisé sans références.
  6. du nom de l'imprimeur Jules Protat, collectionneur, habitant Mâcon au XIXe s. (F. Courboin, 1923) ; cette œuvre se trouve désormais conservée à la BNF, Cabinet des estampes
  7. in L. Lieure : L'Ecole française de gravure, La renaissance du Livre, Paris, 1928
  8. Maria Cristina Paoluzzi : La Gravure, Solar, 2004
  9. cf. Max Lehrs, Geschichte und kritischer Katalog des deutschen, niederländischen und französischen Kupferstiches im 15 Jahrhundert, 1910 et Max Geisberg
  10. à préciser
  11. selon Vasari dans ses Vies
  12. habile dessinateur et orfèvre connu, est le premier à graver ses propres dessins.
  13. terme employé par E. Kollof dans son essai sur B. Baldini
  14. Selon R. Kisch, le premier usager du monotype serait le flamand A. Sallært (c. 1590-1650). «Le monotype sur fond noir est obtenu en encrant une plaque non gravée, puis en traçant le dessin avec un instrument pointu ou une plume dure avant le passage sous presse. le monotype sur fond blanc est créé en inversant le processus.» M. C. Paoluzzi
  15. A. Bosse : Traité des manières de graver en taille-douce sur l'airain par le moyen des eauxs fortes et des vernix durs et mols, Paris, 1644, avec privilège du roy
  16. au lieu de graver le bois dans le sens habituel, en devant par conséquent lutter contre le fil du bois, on travaille sur du bois dur (buis, fruitiers) coupé perpendiculairement au sens des fibres
  17. «sur une plaque de verre recouverte d'un vernis noir, l'artiste grave avec un instrument pointu avant de placer la plaque contre une feuille de papier sensibilisé (de type papier photographique)  ; la lumière filtre à l'endroit où le graveur a creusé avec la pointe formant ainsi une image en négatif.» M. C. Paoluzzi
  18. Charles Baudelaire : L'eau-forte est à la mode, 1860

Lien externe

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La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 11/12/2010.
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